Champignons et traitements des cancers

Les champignons constituent une source encore largement inexplorée de produits pharmaceutiques. Ils contiennent notamment des polysaccharides ayant des propriétés immunostimulantes et antitumorales. Les dernières recherches montrent que certains champignons médicinaux secrètent aussi des produits toxiques contre les cellules cancéreuses et sont même capables d'annihiler leur capacité invasive.

Beaucoup, sinon la totalité des champignons basidiomycètes contiennent des polysaccharides biologiquement actifs présents aussi bien dans la partie souterraine (mycélium) que dans sa partie aérienne (sporocarpe ou carpophore). Ces polysaccharides sont de composition chimique très différente, appartenant pour la plupart au groupe des béta-glucanes composés exclusivement de monomère de sucre (glucose). Ils sont quelquefois liés à des protéines pour former des complexes. Les champignons supérieurs dénommés Basidiomycètes représentent une source illimitée de polysaccharides antitumoraux ou immunostimulants. Les principaux groupes taxonomiques de champignons ont été étudiés pour leurs polysaccharides biologiquement actifs, et la plupart d'entre eux possèdent de telles substances y compris notre spécimen français, le champignon de Paris.

Les traitements adjuvants à base d'extraits de champignons susceptibles d'accompagner les traitements conventionnels en cancérologie, sont encore ignorés dans certains pays comme la France alors qu’elles sont répandues en Chine, en Corée, au Japon, en Russie, aux États-Unis et au Canada (1-2-3). Les premières preuves scientifiques de leur efficacité remontent à plus de 10 ans ; Par exemple une étude japonaise randomisée et publiée en 1994 montrait déjà que sur un groupe de patients atteints d’un carcinome avancé de la prostate ayant reçu un complément de lentinane, la période de survie à 5 ans était de 45 % contre 29 % pour le groupe témoin ayant reçu un placebo (4).

L'une des préparations les plus connues, le PLP, est une solution d'extraits concentrés de mycélium cultivé de Coriolus Versicolor. Il est largement utilisé actuellement à usage clinique comme traitement contre le cancer au Japon dans le cadre de l'immunochimiothérapie en association avec la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Il est prescrit sous forme de tisane ou de gélules à prendre par voie orale sur une période d'un mois. Aux Etats-Unis, un produit similaire dénommé "coriolus versicolor extract" est actuellement disponible mais en quantité limitée.

Des chercheurs ont récemment mis à jour la manière dont certains polysaccharides agissent pour mobiliser nos défenses naturelles contre les tumeurs. Ils ont découvert d’autres propriétés inattendues particulièrement intéressantes, en particulier, comment certaines molécules extraites des champignons interdisent aux cellules néoplasiques migrantes de se fixer sur d’autres tissus pour former des métastases. Il s’agit de découvertes importantes, car dans la pharmacopée allopathique conventionnelle, il n’existe pratiquement aucune drogue capable d’agir spécifiquement sur ces cellules pour interdire leur fixation sur d’autres tissus. Il existe pourtant quelques recherches en cours dans ce domaine, notamment sur les récepteurs à dépendance (P. Mehlen - CNRS Université de Lyon), mais les résultats concrets tardent à venir.

L’objectif de cet article est de faire le point sur les récentes découvertes en cancérologie concernant les propriétés de certains champignons médicinaux, leurs promesses, mais aussi leurs limites (les autres propriétés médicinales sont peu abordées), d’autant qu’une récente publication de 2011 de 2 chercheurs japonais (Kenji Sorimachi et Takaaki Nakamoto - Medical University, Mibu, University Nikko Medical Center, Nikko – préfecture Tochigi) attirent l’attention sur les risques toxicologiques notamment de l’un des champignons médicinaux les plus connus, l’agaricus blazei, en signalant l’absence de contrôle rigoureux concernant leur utilisation sur le long terme ; une situation d’ailleurs récurrente en Asie concernant les préparations pharmacologiques vendues dans le cadre des médecines ancestrales. Cette étude est développée dans le chapitre "toxicité et intolérance".

Traitement des informations :

Cette documentation a été réalisée à partir des textes scientifiques originaux publiés dans la presse spécialisée à comité de lecture référencés dans pubmed ou refdoc. Ce travail n’essaie pas d’élaborer une  théorie personnelle sur une nouvelle forme de traitement adjuvant des cancers. Ce n’est qu’un descriptif informationnel des résultats obtenus d’expérimentations in vitro, in vivo et quelque fois effectuées sur l’homme. Rien n’a été inventé ou modifié. Les conclusions sont celles qui ont été rédigées par les chercheurs dans leurs publications. Elles sont accompagnées dans chaque page de quelques notes explicatives sur des termes scientifiques afin d’améliorer la compréhension par le lecteur des textes originaux traduits en français.

Ces documents n’ont pas tous la même valeur. Par exemple certains essais réalisés à l’Université d’Indianapolis ont été financés par Eco-Nugenics qui est une société privée produisant des capsules de mélanges de champignons et elle vend d’autres compléments alimentaires dont l’utilité reste à démontrer. Ils sont toutefois présentés étant donné qu'ils n’ont pas fait l’objet jusqu’à ce jour de critiques négatives de leurs pairs. Ils n'ont pas été suivis de vérifications expérimentales in vitro et sur l’homme.

Ces vérifications des concentrations d’extraits de champignons sont pourtant nécessaires car le résultat de toute expérience in vivo ou in vitro n’est jamais transposable sur l’homme en raison notamment de la différence de biodisponibilité pour les essais in vitro qui doivent suivre les essais in vivo. Il convient aussi de déterminer les bénéfices/risques. La rareté de ces contrôles limite forcément la portée des nombreuses études intéressantes décrites dans cette étude.

Attention ; les compléments alimentaires à base de champignons ne doivent jamais remplacer la chimiothérapie, la radiothérapie ou l’hormonothérapie. Les études sur ces champignons n'étant pas terminées notamment en ce qui concerne leur biodisponibilité chez l'homme ou les effets indésirables éventuels des concentrés de leurs principes actifs prescrits sur de longues périodes, il convient pour le moment de le les utiliser à dose alimentaire dans une alimentation la plus variée possible tel que c'est décrit dans les dernières recommandations de l’ANSES et du WVFR. 

Ce site étant une étude informationnelle sur la recherche en cours en cancérologie concernant certains champignons médicinaux, il est inutile d'utiliser l'adresse mail figurant dans la rubrique "contacts" du menu afin d'obtenir un conseil thérapeutique de l'auteur pour un cas personnel. Ne seront acceptés  que les messages relatifs à la présentation du site, les recherches en cours et la mise à jour des articles.

Sources :

1) Immunomodulation and anti-cancer activity of polysaccharide-protein complexes - Ooi, V.E. and F. Liu

2) Significant Prolongation of disease-free period gained by oral polysaccharide K (PSK) administration after curative surgical operation of colorectal cancer. Cancer Immunology, Immunotherapy - Torisu, M., et al.

3) Efficacy of immunochemotherapy as adjuvant treatment after curative resection of gastric cancer - Nakazato, H., et al.

4) Effect of lentinan for advanced prostate carcinoma - Tari K, Satake I, Nakagomi K, Ozawa K, Oowada F, Higashi Y, Negishi T, Yamada T, Saito H, Yoshida K. - Department of Urology, Saitama Cancer Center.

Vous êtes le 46140ème visiteur

Un site conseillé par l'auteur : Affaire Beljanski ; déconstruction d'un mythe

Etude critique sur les travaux en cancérologie et sur le SIDA de Mirko BELJANSKI